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Full text of "Jules Raymond Lame Fleury - Mythologie Scandinave - Partie 08 - L'Enfer Des Scandinaves"

LA 

MYTHOLOGIE 

RACONTtiE AUX ENFANTS 

J VI LAME FLEUitY 

■ 

MJtlVELLE EDITION 



PARIS 
G. BOftfiANI, UBRAIRE^DJTKL'R 

ME BH 8*IJ(T5-rfc«S, & 
1H72 

GBOBlGB R. LOCKWOO» 



292 l'enfer des scandinaves 



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L'ENFER DES SCANDINAVES 



Cependant, a peine ce triste devoir 
fut-il accompli, que Frigga fit publier a 
son de trompe, dans tout Tunivers, 
qu'elle donnerait une forte recompense 
a celui qui voudrait descendre aux en* 
fers, pour supplier la cruelle H£la de per- 
inettre a Balder de revenir habiter parmi 
les dieux. 

Her mod, surnomme r Agile, qui etait 
aussi Tun des fils d'Odin, se chargea de 
cette commission perilleuse; car vous 
savez qu'il n'etait permis a personne de 
sortir des Etats de la mort apres y etre 
entre. Son pere lui preta son excellent 
cheval Sleipner, pour qu'il fit plus 
promptement ce voyage, et rapportat la 



LENFER DES SGANDINAVES. 293 

reponse que chacun attendait avec impa- 
tience. 

Sleipner, avec ses huit pieds, etait 
certainement Ie plus rapide de tous les 
coursiers, et Hermod l'Agile le plus led- 
ger de tous les cavaliers ; mais il y avait 
si loin, si loin du ciel aux enfers, que, 
pendant neuf jours et neuf nuits, le 
voyageur parcourut des vallees profon- 
des et ten £b re uses avant d'arriver au 
premier fleuve de l'empire d'Hela. Par- 
venu au bord de ce fleuve, qui etait large 
et profond, Hermod ne savait comment 
passer sur Tautre rive, Iorsqu'il apercul, 
a peu de distance, un pont couvert d'un 
brillant toit d'or, dont la garde etait 
confiee a une guerrifcre armee de tdutes 
pieces. Cette guerrifcre fit d'abord beau- 
coup de difficultes pour laisser pen6trer 
Hermod dans cet empire, oil les morts 
seuls etaient admis ; mais elle lui permit 
de continuer sa route, Iorsqu'il lui eut 
assure qu'il venait du ciel en droite ligne 
pour reckoner Balder, auprfcs d'Hela, 
de la part d'Odin et de Frigga. 



294 l'eNFER QRS SCANDJNAjVBS, 

Cependamt Hermod, ayaxrt poursuivi 
son chemin, ne tarda pas a arriver dans 
le Niffehim, qui etait le sejtour dies hom- 
ines laches et paeifiques apre& leuv Htoitt; 
car j* vous ai dit que Ies braves seu!s> 
etaient adnaos dans h WalhaJla ; et. U Jut 
epouvante da spectacle q<ue ces tristes 
Keux offrireat a sa vua. 

It y avait,|au milieu, de cet enfcr> une 
source d'oii coulaient ees fleuves empoi- 
Sonne's qui avaient autrefois- prodoit le 
puissant Ymer et la race des geants de 
la Gelee. On les distinguait eaire eux 
par des noms sinislres, tels que L'An- 
goisse, TEnnemi die la joie,la Perdition, 
le Tourbillon, le Rugissement et la Tern* 
pete. Le dernier de ces fleuves, que Von 
nommait aussi le Bruyant, a. cause du 
retentissement effroyahle que produi- 
saient ses flots en se precipitant, envi- 
ronnait les grilles du palais de la naort. 

Hermod, toujours inirepide, d'un 
seul bond 1 de son cheval franchit le fLeuve 
et la barriere qui le separaient encore de 
la hideuse Hela, qu'il n'eut point de peine 



L ENF&R DEB SCAN DIN AYES- 295 

a reconnaitre a son corps moitie bleu, 
moitie couleur de chair. Elle avail a ses 
pieds un coq noiratre qui de temps a 
autre poussait im cri lugubre, et sou 
cortege &ail foron6 de sombrea divmites 
qu'Odin hit avait autrefois doanees pour 
compagnes. 

A quelques pas de ft, Hermod recon- 
nut son frere, assis paisiblement dan& Le 
palais- de la mort, a cot& de sa femme 
INaiwia. Le dieu fit a Hela le compliment 
le inieux tourne qu'il lui fut possible, 
pour obtenir d'elle que Balder remontat 
avec lui vers le ciei, oil son absence avait 
plonge toute la famille des dieux et l'u- 
nivers entier dans la douleur ; et, en effet, 
cela devait 6tre vrai, puisque Balder 6gu- 
rait le soleil, dont la disparition enve- 
kxppe toujours la nature d'une veritable 
tristesse. 

D'abord I'impitoyable H61a parut ne 
tenir aueun compte des compliments ni 
des plaintes d'Hermod, tant elle etait 
habituee a entendre chaque jour de sew- 
blables paroles; mais enfin, se laissant 



296 l'eNFER DBS SCAND1NAVES.. 

tout a coup attendrir par ses priercs, 
elle lui r^pondit que, puisque tout Tu- 
nivers etait aussi afflige qu'il le disait de 
la mort de Balder, elle permettrait a ce 
dieu de retourner vers Midgard, si tou- 
tefois, dans le monde entier, il ne se trou- 
vait pas une seule chose anim£e ou ina- 
nimee qui ne versat des larmes sur sa 
perte. 

Ce fut la seule reponse qu'Hermod 
put obtenir de cette inexorable divinite ; 
et remontant sur son excellent cheval, il 
retourna vers les dieux, emportant un 
anneau d'or de la part de Balder, pour 
Odin, et un de d'or que Nanna envoyait 
a la deesse Frigga, comme un temoi- 
gnage de souvenir et d'amiti6. 

Chemin faisant, il s'apercut qu'il tra- 
versait neuf mondes qui formaient autant 
de dependances du royaume d'Hela, et il 
ne put se defendre d'un grand effroi en 
passant aupres d f un enfer plus terrible 
encore que le Niflheim, mais ou il crut 
deviner qu'il ne se trouvait encore per- 
sonne. La porte de ce lieu terrible, que 



l'enfer DES SCANDINAVES. 297 

I'oii nommait Ie Nastrond, etait con- 
si ruite de t6tes de serpents tout prets a 
vomir des torrents de venin sur les par- 
jures et les assassins, a qui, a la fin du 
monde, ce lieu funebre ^tait destin6 pour 
prison. Un Ioup monstrueux les y atten- 
dait, en poussant d'horribles rugisse- 
ments. 

Aussitot que la reponse d'Hela fut 
connue parmi les dieux, chacun se mit en 
campagne pour supplier tout ce qui 
exisfait de pleurer la mort de Balder, 
puisque ce n'etait qu'a ce prix que cet 
aimable jeune homme devait Stre rappele 
a la vie, Les hommes, les bStes, les ar- 
bres, les m&aux, les rochers eux-mSmes 
se pr£t&rent a cette douleur generate, et 
lorsque toutes ces choses pleurerent a la 
fois, ce fut absolument comme un de- 
luge universel. 

Les dieux ne doutaient deja plus que 
Balder ne leur fut bientot rendu, tant 
les pleurs du monde entier coulaient 
avec abondance, lorsque Tun d'eux de- 
couvrit au fond d'une caverne obscure 



298 L'ENFER DBS SCAND1NAVES. 

une vieille raagicienne a kqfttelk per- 
sonne n'avait encore songe. Je soup- 
fonne, a la. v*rite> que* cette sarciere 
n'etait autre que le doeu Loke^ qui, dans 
sa prison, avait pris eetie figure pour 
tromper ks dieux \ mais, lorsqu'ou s'a- 
dressa a elk pour la supplier de se joiu- 
dre a la douleur commune, elle repondit 
avec aigreur quelle ne pkurerait point, 
parce qu'elle voulait que Balder re&tat 
arex enfers. Rkn ne put attendrir ce 
mauvais cceur r et la cruelk Hela garda sa 
proie. 

Si, en vous enseignanl k. geographie, 
mes enfants., on ne vous a pas laisse 
ignoirer que sous les cliimats. du Nord > 
\e soleil reste une partite de Fannie cache 
sous F horizon, vous eomprendrea ais£- 
ment cette fable de Balder descendu aux 
enfers. Le deuil universel est le temps 
de I'btver, si triste et si long daas ces 
contrees, ou le degel est le prelude du 
retour de la chaleur et de la lumigre. 

le vous prie de remarquer, ace propos, 
que ce n'est pas la premiere fois que 



l'eNFBR DES SCANDiNAVES. 299 

nous voyohs dans Ies fables mythologi- 
ques cette descente des dieux dans le 
palais de la mort. Chez les Egyptiens, 
Osiris, chez les Grecs, Hercule, ont fait 
le m&ne voyage que Balder daas ce> triste 
sejour, d'oii ils sont tous deux sortis ra- 
dieux et triomphants ; nous verrons tout 
a Theure que celui-ci ne fut pas plus 
malheureux que les dieux des aulres pays, 
et cela nous apprendra qu'une m^me idee 
a donne lieu aux memes images chez les 
differents peuples de la terre.